S’amuser en draguant

Draguer, c’est amusant. C’est ce que pourrait dire Barney Stintson, le dragueur de la série How I Met Your Mother.
Depuis quelques années, on voit apparaître une nouvelle race de dragueurs.
Ils sont jeunes, fonctionnent en bande, parlent beaucoup dans un langage absolument incompréhensible au béotien, font des paris idiots, hurlent dans le métro, simulent un mariage en pleine rue, demande un numéro de téléphone en arborant un paperboard Véléda.
Est-ce une révolte ? Non sire, une révolution.
La mode de la drague récréative
L’objectif premier de ces garçons, même s’ils ne se l’avouent pas, n’est pas de perpétuer l’espèce, mais de se trouver des amis pour s’amuser à inventer des techniques de drague baroques. Ils font coup double : ils rompent leur ennui quotidien de jeunes urbains de la génération “crise sida” et ma foi, s’ils trouvent femme à leur goût… Mais d’où viennent-ils ? Que veulent-ils ?
Il y a toujours eu des dragueurs. Mon père me raconte encore ses exploits au volant de son cabriolet sport dans les années 60. Mais les dragueurs classiques étaient mus par un double désir de sexe et d’ascension sociale (voir Confessions d’un dragueur, d’Alain Soral). Ils apprenaient sur le terrain, au forceps et au râteau.
Ceux-ci, que nenni.
La communauté de séduction sur Internet
Ils ont appris leurs techniques de drague sur Internet, à l’heure des forums et des blogs.
Le phénomène est né aux Etats-Unis au début des années 2000. Il a été popularisé par le best-seller de Neil Strauss, The Game (Secrets d’un virtuose de la drague), dans lequel il explique sa découverte du monde secret des séducteurs sur internet et sa progression au sein de la hiérarchie des “Pick Up Artist” / Artistes de la drague, dans une logique très Franc-maçon.
Le livre est drôle, plutôt bien écrit, et fortement romancé. Il n’en suffisait pas plus pour que le monde et les médias s’emparent du phénomène. Dès lors, les coachs en séduction et leurs sites web se sont multipliés comme des petits pains et le business est devenu florissant, chacun proposant sa propre méthode de drague. Certaines pour le moins farfelues, d’autres très scientifiques.
D’où leur attrait pour toute une génération de jeunes informaticiens / ingénieurs / scientifiques un peu geek et beaucoup célibataire. Les voilà donc dans la rue. Ils sortent en bande et essaient des techniques de drague. Ils correspondent ensuite par mail ou sur des forums pour faire part de leur découverte. Ils expérimentent, comme des savants fous de la drague. Ils donnent des noms à leurs techniques (neg, DHV, social proof) et se ruent sur les passantes en faisant fi de la sagesse populaire qui veut que “pour séduire, il faut rester soi, cela ne s’apprend pas”.
Bref, ils se réapproprient leur jeunesse.
Leur modèle ? Barney Stinson, le personnage principal de la série How I met your mother, dragueur impénitent connu pour ses théories farfelues, à grands renforts de graphes et de schémas.
S’amuser en draguant
Mais le principal n’est pas là .
Car comme certains pêcheurs relâchent leurs poissons après une partie de pêche, eux relâchent les numéros. Quand on leur parle un peu, on découvre que pour la plupart, ils se fichent pas mal de se trouver une copine.
L’important est plutôt de se retrouver entre mecs, d’échanger sur le lien social distendu, de se trouver des amis et de s’amuser dans des villes modernes n’offrant que des divertissements de consommation.
Au-delà de tout jugement sur le phénomène, très surévalué, ils font quelque chose de capital : ils s’amusent !
C’est peu, mais c’est déjà beaucoup au vu des tristes sires que l’on peut rencontrer dans la rue ou dans les bars aujourd’hui.
Alors si demain vous croisez des adolescents avec chapeaux et chaîne autour du cou qui abordent votre petite sœur avec une phrase absurde du genre “qui c’est le plus fort ? Socrate ou Platon ?”, vous saurez à qui vous aurez affaire…










socrate ou platon lol
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